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Risques · 6 min de lecture

Logement insalubre : la procédure, les obligations et les sanctions du propriétaire

Mis à jour le 19 octobre 2026

La réponse en bref

Un logement est insalubre quand son état ou ses conditions d'occupation mettent en danger la santé ou la sécurité des personnes. C'est le préfet qui agit : après un rapport des services de santé, il prend un arrêté qui vous impose des travaux, voire une interdiction d'habiter. Pendant l'arrêté, le loyer n'est plus dû, et vous devez héberger ou reloger vos locataires. Ne pas respecter ces règles expose à des peines allant jusqu'à trois ans de prison et 100 000 € d'amende, davantage si l'occupant est vulnérable.

Qu'est‑ce qu'un logement insalubre ?

L'insalubrité, c'est un danger ou un risque pour la santé ou la sécurité des occupants. Il peut venir de l'état du logement, ou de la façon dont il est occupé ou utilisé. Le logement peut être loué, occupé par vous ou vide : la règle est la même.

Trois notions se ressemblent mais ne relèvent pas des mêmes règles.

SituationCe qui la caractériseQui intervient
Logement indécentIl ne remplit pas les critères minimaux d'un logement louéLe locataire, puis le juge
Logement insalubreIl met en danger la santé ou la sécuritéLe préfet, après l'agence régionale de santé
Immeuble en périlSes murs ou sa structure ne sont plus assez solidesLe maire

Les critères de décence sont détaillés dans le logement décent. Ici, nous parlons de l'étape au-dessus : le danger.

Comment se déroule la procédure ?

Toute personne qui connaît une situation d'insalubrité doit la signaler au préfet. Un locataire peut aussi passer par le service en ligne Signal Logement. Ensuite, la procédure suit plusieurs étapes.

  1. La visite. L'agence régionale de santé (ARS) ou le service communal d'hygiène et de santé visite le logement, entre 6 heures et 21 heures.
  2. Le rapport. Il décrit la situation. Il est mis à votre disposition.
  3. Vos observations. Vous avez au moins 15 jours pour répondre. En copropriété, pour les parties communes, le syndic a au moins 2 mois.
  4. L'arrêté de traitement de l'insalubrité. Le préfet fixe les mesures et un délai d'au moins un mois.
  5. La mainlevée. Une fois les travaux faits, le préfet prend un arrêté de mainlevée, c'est-à-dire qu'il lève les mesures.

En cas de danger imminent, le préfet n'attend pas vos observations. Il ordonne par arrêté les mesures urgentes, dans le délai qu'il fixe.

L'arrêté peut imposer des réparations, interdire d'habiter les lieux pour un temps ou pour toujours, ou ordonner l'arrêt de la location. La démolition ou l'interdiction définitive ne sont possibles que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier au danger. C'est aussi le cas si les travaux coûteraient plus cher que la reconstruction.

Quelles obligations envers vos locataires ?

C'est souvent la partie la plus lourde pour le propriétaire. Elle commence dès la notification de l'arrêté.

ObligationCe que dit la loi
LoyerIl cesse d'être dû le 1er du mois qui suit la notification, jusqu'au 1er du mois qui suit la mainlevée
BailIl continue de produire ses effets
Interdiction temporaire d'habiterVous assurez un hébergement décent jusqu'à la fin des travaux
Interdiction définitiveVous relogez les occupants et leur versez trois mois de leur nouveau loyer pour leur réinstallation
Logement videIl ne peut plus être loué ni occupé

Les sommes perçues à tort doivent être rendues au locataire ou déduites des loyers suivants. Si vous n'hébergez pas ou ne relogez pas vos locataires, le préfet le fait à votre place et vous en facture le coût.

Exemple : Gérard loue un deux-pièces 650 € par mois. L'arrêté lui est notifié le 10 mars, avec une interdiction temporaire d'habiter. Il ne peut plus percevoir de loyer à partir du 1er avril. Il doit loger son locataire ailleurs pendant les travaux. Le loyer redevient dû le 1er du mois qui suit la mainlevée.

Que se passe‑t‑il si vous ne faites pas les travaux ?

Le préfet dispose de plusieurs moyens de pression, qui s'additionnent.

  • L'astreinte. C'est une somme due par jour de retard, fixée par le préfet, jusqu'à 1 000 € par jour. Elle court jusqu'à la fin complète des travaux.
  • Les travaux d'office. Le préfet peut faire réaliser les mesures lui-même, à vos frais.
  • Les poursuites pénales. Elles s'ajoutent à l'astreinte.

En copropriété, si l'arrêté vise les seules parties communes, ce sont les copropriétaires qui paient l'astreinte. En indivision, c'est-à-dire quand plusieurs personnes possèdent ensemble le bien, chacune peut être appelée pour la totalité.

Quelles sont les sanctions pénales ?

Les peines sont fixées par le code de la construction et de l'habitation. Leur version actuelle date de la loi du 24 juin 2024 et s'applique depuis le 26 juin 2024 (articles L511-22 et L521-4).

Fait reprochéPeineSi l'occupant est vulnérable
Refuser, sans motif légitime, de faire les mesures prescrites1 an et 50 000 €2 ans et 75 000 €
Laisser un logement suroccupé malgré la mise en demeure du préfet2 ans et 75 000 €3 ans et 100 000 €
Percevoir un loyer malgré l'arrêté3 ans et 100 000 €5 ans et 150 000 €
Refuser de reloger ou d'héberger le locataire en ayant les moyens de le faire3 ans et 100 000 €5 ans et 150 000 €
Menacer le locataire ou dégrader le logement pour le faire partir3 ans et 100 000 €5 ans et 150 000 €
Relouer ou laisser occuper un logement frappé d'interdiction3 ans et 100 000 €5 ans et 150 000 €

Le juge peut ajouter des peines complémentaires. Les deux principales sont la confiscation du bien et l'interdiction d'acheter un logement à louer pendant dix ans au plus. Pour ces deux peines, la loi prévoit que le juge les prononce, sauf s'il motive sa décision de les écarter.

Si une procédure vous vise, faites‑vous conseiller par un avocat. Une agence départementale d'information sur le logement (ADIL) peut aussi vous expliquer la procédure.

Les cas particuliers

  • Immeuble en péril. Quand le danger vient de la solidité des murs ou de la structure, c'est le maire qui agit. Le délai pour présenter vos observations est alors d'au moins un mois. Les sanctions sont les mêmes.
  • Copropriété. Le rapport et l'arrêté sont adressés au syndic, qui informe aussitôt les copropriétaires. Si certains ne paient pas leur part, le préfet peut payer à leur place puis se retourner contre eux.
  • Le logement se vide après l'arrêté. Vous restez tenu de faire les mesures dans le délai fixé.
  • Pas les moyens de faire les travaux. La loi permet de confier le bien à quelqu'un qui s'engage à faire les travaux. Cela passe par un bail à réhabilitation, un bail de très longue durée dit emphytéotique, ou une vente en viager. Parlez-en à un notaire.
  • Occupant expulsé mais toujours en place. Si l'État a refusé son concours à l'expulsion, vous pouvez demander au tribunal administratif de mettre tout ou partie de l'astreinte à sa charge.
  • Commune avec permis de louer. Certaines communes exigent une autorisation avant toute mise en location. Voir le permis de louer.

Ce qu'il faut retenir

  • L'insalubrité, c'est un danger pour la santé ou la sécurité. Le préfet agit, sur rapport des services de santé.
  • Répondez au rapport dans le délai : au moins 15 jours, ou 2 mois pour le syndic.
  • Pendant l'arrêté, le loyer n'est plus dû et vous devez héberger ou reloger vos locataires.
  • L'astreinte peut atteindre 1 000 € par jour, et le préfet peut faire les travaux à vos frais.
  • Percevoir un loyer malgré l'arrêté est puni de trois ans de prison et de 100 000 € d'amende.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre un logement indécent et un logement insalubre ?

Un logement indécent ne respecte pas les critères minimaux du bail : surface, équipements, performance énergétique. C'est un litige entre le locataire et vous. Un logement insalubre présente un danger pour la santé ou la sécurité : le préfet intervient et peut vous imposer des travaux par arrêté.

Puis‑je vendre un logement frappé d'un arrêté d'insalubrité ?

Oui, la vente reste possible. L'arrêté peut être publié au fichier immobilier, et l'acheteur reprend la charge des mesures. La loi permet aussi un viager ou un bail de longue durée où l'autre partie s'engage à faire les travaux. Faites préparer l'acte par un notaire.

Le locataire doit‑il continuer à payer le loyer pendant l'arrêté ?

Non. Le loyer cesse d'être dû à partir du premier jour du mois qui suit la notification de l'arrêté, jusqu'au mois qui suit la levée de l'arrêté. Percevoir un loyer malgré tout est un délit puni de trois ans de prison et de 100 000 € d'amende.

Que faire si mon locataire refuse la visite des services de santé ?

Les visites ont lieu entre 6 heures et 21 heures. Si l'occupant s'y oppose, le juge des libertés et de la détention peut les autoriser. Pour votre part, coopérez et présentez vos observations dans le délai prévu.

Rédaction : L'équipe éditoriale I Love Immo · sources vérifiées le 19 octobre 2026Voir plus

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