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Succession et donation · 8 min de lecture

Apport d'un bien immobilier à une SCI : comment ça se passe et ce que ça coûte en impôts

Mis à jour le 17 octobre 2026

La réponse en bref

Apporter un bien à une SCI (société civile immobilière), c'est le transférer à la société devant notaire, en échange de parts : vous devenez associé au lieu de propriétaire. Si la SCI est à l'impôt sur le revenu, cet apport payé seulement en parts ne coûte aucun droit d'enregistrement. Si elle est à l'impôt sur les sociétés, Service-Public indique un droit de 5 %, sauf exceptions (articles 809 et 810 du code général des impôts). Pour votre impôt sur le revenu, l'apport compte comme une vente : vous pouvez devoir un impôt sur la plus-value.

Qu'est‑ce qu'un apport en nature à une SCI ?

Faire un apport en nature, c'est mettre un bien dans la société au lieu d'y mettre de l'argent. Une SCI est une société qui détient et gère des biens immobiliers. Ceux qui la composent, les associés, en possèdent des parts, appelées parts sociales.

Le capital de la SCI, c'est-à-dire ce que les associés y mettent, se forme de trois façons :

  • un apport en argent ;
  • un apport en nature, comme une maison ou un appartement ;
  • un apport en industrie, c'est-à-dire votre travail : il donne des parts, mais il ne compte pas dans le capital.

Service-Public présente l'apport en nature comme le contraire d'une vente. Le bien passe bien à la société. Mais vous recevez en échange des parts, pas un prix.

Le nombre de parts dépend de la valeur du bien par rapport au capital total. Le bien doit donc être estimé à sa valeur réelle. S'il est sous-évalué, la répartition entre associés est faussée. S'il est surévalué, c'est la base de calcul des impôts qui est faussée.

Exemple : Martine apporte un appartement estimé 270 000 € à une SCI qu'elle crée avec ses deux enfants. Chaque enfant apporte 1 000 € en argent. Le capital est de 272 000 €, divisé en 2 720 parts de 100 €. Martine reçoit 2 700 parts, et chaque enfant 10.

L'apport d'un immeuble doit être publié au fichier immobilier, le registre public des propriétaires. Or un acte publié doit être établi « en la forme authentique », c'est-à-dire par un officier public. C'est donc le notaire qui rédige l'acte d'apport.

Quels droits d'enregistrement payer ?

Le coût dépend de deux choses : le régime fiscal de la SCI, et ce que vous recevez en échange du bien.

Les droits d'enregistrement sont une taxe payée à l'État quand un acte est enregistré. Une SCI à l'impôt sur le revenu (IR) ne paie pas d'impôt elle-même : chaque associé déclare sa part des bénéfices. Une SCI à l'impôt sur les sociétés (IS) paie elle-même l'impôt sur ses bénéfices, comme une entreprise.

SituationDroits d'enregistrement
Apport pur et simple (payé seulement en parts) à une SCI à l'IRAucun : l'apport est enregistré gratuitement
Apport pur et simple d'un immeuble à une SCI à l'IS, par une personne qui n'est pas elle-même à l'ISTaxé comme une vente : Service-Public indique 5 % du montant de l'apport
Même cas, si l'immeuble sert à l'activité professionnelle de la société et que vous gardez vos parts trois ansExonération, en échange de cet engagement
La SCI reprend le prêt qui pèse sur le bien (apport « à titre onéreux »)Droits d'une vente, sur tout le montant du prêt repris

L'apport pur et simple est payé uniquement en parts. L'apport à titre onéreux est payé autrement, par exemple quand la SCI reprend votre emprunt. Cette partie de l'opération est taxée comme une vente, sur tout le prêt repris. Le reste demeure un apport pur et simple. La règle est la même si l'acte ne le dit pas clairement, mais que la reprise du prêt en découle.

Exemple : L'appartement de Martine, estimé 270 000 €, porte encore un prêt de 40 000 €. La SCI rembourse désormais ce prêt. Martine reçoit donc des parts pour 230 000 €, et la SCI prend en charge 40 000 € de dette. Sur ces 40 000 €, elle paie les droits d'une vente d'immeuble.

L'article 809 du code des impôts, qui taxe les apports à une SCI à l'IS, doit changer de rédaction au 1er janvier 2027. Ce changement accompagne la refonte des règles de TVA (ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025). Demandez au notaire de vérifier le texte en vigueur à la date de votre acte.

L'apport déclenche‑t‑il un impôt sur la plus-value ?

Oui, c'est possible. Pour l'impôt sur le revenu, l'apport en société est traité comme une vente. La plus-value, c'est le gain entre votre prix d'achat et la valeur du bien au moment de l'apport. Elle se calcule comme pour une vente, la valeur du bien apporté remplaçant le prix de vente. La doctrine officielle de l'administration fiscale (le BOFiP) le précise. Service-Public range lui aussi l'apport en société parmi les opérations soumises à l'impôt sur la plus-value immobilière.

Les règles de calcul sont les mêmes que pour une vente :

  • vous payez l'impôt sur le revenu de 19 % et les prélèvements sociaux sur la plus-value imposable ;
  • vous profitez des abattements pour durée de détention, une réduction qui grandit avec les années : plus d'impôt sur le revenu après 22 ans, plus de prélèvements sociaux après 30 ans ;
  • les autres exonérations prévues par la loi peuvent jouer, selon votre situation.

Exemple : Martine a acheté son appartement 150 000 € en 2001. Elle l'apporte pour 270 000 € en 2026. Sa plus-value brute est d'environ 120 000 €. Ce chiffre est calculé avant les majorations forfaitaires, ces montants fixes que la loi permet d'ajouter au prix d'achat pour les frais et les travaux. Martine détient le bien depuis 25 ans : elle ne paie pas d'impôt sur le revenu sur cette plus-value. Elle doit encore les prélèvements sociaux, après abattement, car elle n'a pas atteint 30 ans de détention.

Le calcul de la plus-value immobilière estime l'impôt pour vos dates et vos montants.

Quelles précautions avant d'apporter ?

Avant de signer, vérifiez quatre points : votre prêt, le régime fiscal de la SCI, votre résidence principale et l'équilibre entre associés.

  • Le prêt en cours. Le bien est souvent financé par un crédit à votre nom. Parlez-en à votre banque avant l'apport. Si la SCI reprend le prêt, le contrat change, et les droits à payer aussi.
  • Le régime fiscal de la SCI. Vous pouvez apporter un bien à une SCI à l'IR, puis choisir l'IS plus tard. Ce changement a un prix : certains droits deviennent dus sur les apports reçus auparavant.
  • La résidence principale. Vous pouvez apporter le logement où vous vivez et continuer à l'habiter : la SCI peut vous le laisser gratuitement. Mais le bien appartient désormais à la SCI. Les abattements de la résidence principale ne s'appliquent donc plus, ni pour l'IFI (l'impôt sur la fortune immobilière), ni pour la succession.
  • L'équilibre entre associés. Si vous apportez un bien de grande valeur et les autres un peu d'argent, vous détenez presque toutes les parts. Les statuts, c'est-à-dire le règlement de la société, doivent dire comment les décisions se prennent.

Concrètement :

  1. Faites estimer le bien à sa valeur réelle.
  2. Si un prêt est en cours, consultez votre banque.
  3. Choisissez le régime de la SCI en connaissant le coût de l'apport : le comparateur SCI à l'IR ou à l'IS vous aide à décider.
  4. Faites rédiger l'acte d'apport par le notaire : il le publie au fichier immobilier et le fait enregistrer.

Que devient le bien apporté si la SCI est dissoute ?

En principe, vous pouvez le reprendre. À la fin de la société, l'associé qui a apporté un bien encore détenu par la SCI peut demander à le récupérer lors du partage (article 1844-9 du Code civil). Il verse si nécessaire une soulte, c'est-à-dire une somme d'argent qui équilibre le partage entre associés.

Côté impôts, l'apport pur et simple ne transfère le bien que sous condition. Si le bien revient à celui qui l'a apporté, celui-ci est considéré comme n'ayant jamais cessé d'en être propriétaire. Il ne paie donc pas de droits de mutation, la taxe due quand un bien change de propriétaire. Si le bien est attribué à un autre associé, ces droits deviennent dus.

Les autres effets fiscaux de la fin de la société sont détaillés dans dissoudre une SCI.

Récupérer un bien par une réduction de capital. Vous pouvez aussi sortir un bien de la société pendant sa vie, en réduisant son capital. C'est une opération différente, avec ses propres droits d'enregistrement et sa propre plus-value. Faites-la chiffrer avant toute décision.

Les cas particuliers

  • Bien commun d'un couple marié. Un époux peut apporter un bien qui appartient au couple, c'est-à-dire à la communauté. Il doit alors prévenir son conjoint, et l'acte doit le mentionner. Le conjoint peut devenir associé pour la moitié des parts (article 1832-2 du Code civil).
  • Bien en indivision. L'indivision, c'est la situation de plusieurs personnes qui possèdent ensemble un même bien, par exemple des héritiers. Tous les indivisaires doivent accepter l'apport, puisqu'il fait sortir le bien de leurs mains.
  • Apport puis donation des parts. Apporter un bien, puis donner des parts à ses enfants, est une stratégie fréquente : voir donner des parts de SCI à ses enfants.
  • SCI créée pour acheter. Si vous n'apportez que de l'argent, les règles de l'apport en nature ne s'appliquent pas : voir acheter un bien en SCI.

L'apport d'un bien touche aux droits d'enregistrement, à la plus-value et souvent à un prêt. Réglez ces points avec un notaire et, pour l'impôt, avec un conseiller fiscal. I Love Immo n'est ni l'un ni l'autre ; l'annuaire vous aide à en trouver un.

Ce qu'il faut retenir

  • L'apport en nature transfère le bien à la SCI en échange de parts, par un acte signé chez le notaire.
  • Apport payé seulement en parts à une SCI à l'IR : pas de droits d'enregistrement. À une SCI à l'IS : Service-Public indique 5 %, sauf exceptions.
  • Si la SCI reprend votre prêt, cette part de l'apport est taxée comme une vente.
  • Pour l'impôt sur le revenu, l'apport compte comme une vente : la plus-value se calcule de la même façon, avec les abattements pour durée de détention.
  • À la dissolution, vous pouvez reprendre votre bien sans payer de droits de mutation.

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Questions fréquentes

Faut‑il un notaire pour apporter une maison à une SCI ?

Oui, en pratique. L'apport fait passer la propriété d'un immeuble à la société. Or tout acte publié au fichier immobilier doit être un acte authentique, établi par un notaire. Le notaire rédige donc l'acte d'apport, le publie et le fait enregistrer.

L'apport d'un bien à une SCI à l'impôt sur le revenu est‑il gratuit ?

Les droits d'enregistrement sont nuls si l'apport est payé uniquement en parts. Mais l'apport n'est pas gratuit pour autant. Vous payez la rémunération du notaire (ses émoluments). Vous payez aussi les droits de mutation sur le prêt éventuellement repris par la SCI, et l'impôt sur votre plus-value.

Peut‑on récupérer son bien si la SCI est dissoute ?

Oui. L'associé qui a apporté un bien encore détenu par la société peut demander à le reprendre lors du partage. Il verse une soulte si nécessaire, c'est-à-dire une somme d'argent qui équilibre le partage. Pour le fisc, il est alors considéré comme n'ayant jamais cessé d'être propriétaire : cette reprise ne coûte pas de droits de mutation.

Rédaction : L'équipe éditoriale I Love Immo · sources vérifiées le 16 octobre 2026Voir plus

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