Aller au contenu
I Love Immo

Succession et donation · 5 min de lecture

Vendre un bien en usufruit et nue-propriété : qui signe et qui reçoit quoi

Mis à jour le 17 octobre 2026

La réponse en bref

Un bien est démembré quand une personne en a l'usufruit (elle l'occupe ou touche les loyers) et une autre la nue-propriété (elle en sera pleinement propriétaire plus tard). Pour vendre le bien entier, l'usufruitier et le nu-propriétaire doivent signer tous les deux. Le prix se partage alors selon la valeur de chaque droit, sauf s'ils décident que l'usufruitier gardera tout le prix (article 621 du Code civil). En pratique, le partage suit souvent le barème fiscal, appliqué avec l'âge de l'usufruitier au jour de la vente, mais une autre valeur peut être retenue.

Qui doit donner son accord pour vendre ?

Les deux. Ni l'usufruitier ni le nu-propriétaire ne peut vendre seul le bien entier à un acheteur.

Chacun peut en revanche vendre son propre droit, sans l'accord de l'autre :

  • le nu-propriétaire peut vendre sa nue-propriété : l'acheteur devient nu-propriétaire et attend la fin de l'usufruit ;
  • l'usufruitier peut vendre son usufruit : l'acheteur profite du bien tant que l'usufruit dure.

Ces ventes d'un seul droit sont rares, car peu d'acheteurs s'y intéressent.

Si le bien est vendu sans l'usufruitier, son droit reste intact. Il continue d'occuper le bien ou d'en toucher les loyers, sauf s'il y a clairement renoncé. Le nu-propriétaire ne peut pas non plus demander au juge d'imposer la vente contre l'avis de l'usufruitier (article 815-5 du Code civil).

Comment se partage le prix ?

Quand les deux droits sont vendus ensemble, la loi laisse deux possibilités.

OptionCe que reçoit l'usufruitierCe que reçoit le nu-propriétaire
Partage selon la valeur de chaque droit (règle par défaut)La part du prix qui correspond à son usufruitLe reste du prix, tout de suite
Report de l'usufruit sur le prix (si les deux sont d'accord)Tout le prix, qu'il utilise librementUne créance, c'est-à-dire une somme qui lui sera due à la fin de l'usufruit

La seconde option s'appelle le quasi-usufruit. L'usufruitier dépense l'argent comme il veut. À la fin de l'usufruit, en pratique à son décès, une somme équivalente devra être rendue au nu-propriétaire par sa succession. Cette solution protège le niveau de vie de l'usufruitier. Mais le nu-propriétaire n'a plus qu'une promesse de paiement. Ses effets fiscaux ont changé en 2024 : voir le quasi-usufruit.

Il existe une troisième voie. Les deux parties peuvent convenir d'acheter un autre bien avec le prix, de nouveau en usufruit et nue-propriété. Cet accord se prépare avec le notaire avant la signature de la vente.

Quelle valeur donner à l'usufruit ?

Le plus souvent, on prend le barème fiscal, qui dépend de l'âge de l'usufruitier au jour de la vente. La loi parle seulement de la valeur de chaque droit, sans imposer de méthode.

Pour l'impôt sur la plus-value, l'acte de vente doit indiquer séparément le prix de la nue-propriété et celui de l'usufruit. Ces prix doivent refléter leur valeur réelle au jour de la vente. L'administration fiscale accepte, pour les fixer, le barème qu'elle utilise pour les donations et les successions (article 669 du code général des impôts).

Âge de l'usufruitier au jour de la ventePart de l'usufruitPart de la nue-propriété
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
91 ans et plus10 %90 %

Exemple : Jeanne, 74 ans, a l'usufruit d'une maison dont son fils Marc a la nue-propriété. Ils la vendent 400 000 €. Avec le barème, l'usufruit vaut 30 % et la nue-propriété 70 %. Jeanne reçoit donc 120 000 € et Marc 280 000 €. S'ils choisissent le quasi-usufruit, Jeanne encaisse les 400 000 €. Marc détient alors une créance de 400 000 € sur la succession de sa mère.

Le barème est une valeur forfaitaire, fixée pour l'impôt. Il peut s'écarter de la réalité. Une usufruitière de 72 ans en bonne santé, dans un logement bien loué, peut estimer que son usufruit vaut plus de 30 %. Rien n'interdit de retenir une valeur négociée, si elle peut être justifiée.

Le barème complet figure dans notre calcul de la nue-propriété et de l'usufruit. L'estimation immobilière vous aide à situer le prix du bien.

Qui paie l'impôt sur la plus-value ?

Chacun paie pour sa propre part. La plus-value est le gain réalisé entre le prix d'achat et le prix de vente. Quand l'usufruitier et le nu-propriétaire vendent ensemble et se partagent le prix, chacun peut avoir une plus-value imposable à son nom.

Chaque plus-value se calcule avec deux chiffres : la part du prix reçue, et la valeur du droit au moment où la personne l'a obtenu.

L'exonération de la résidence principale dépend de qui habite réellement le logement :

  • s'il est la résidence principale de l'usufruitier seul, seule sa part de plus-value peut être exonérée ; le nu-propriétaire ne profite pas de cette exonération ;
  • s'il est la résidence principale des deux, la plus-value peut être exonérée pour les deux, pour les pièces que chacun occupe réellement.

Le notaire calcule et déclare la plus-value au moment de la vente. Pour une première estimation de votre part, utilisez le calcul de la plus-value immobilière.

Les cas particuliers

  • Plusieurs nus-propriétaires. Des frères et sœurs nus-propriétaires ensemble, en indivision, doivent tous signer avec l'usufruitier. La vente autorisée par le tribunal à la demande des deux tiers des indivisaires ne s'applique pas à un bien démembré.
  • Usufruit du conjoint survivant. Le veuf ou la veuve qui a l'usufruit de la maison familiale doit accepter la vente. Prévoyez avec lui où il vivra ensuite, et avec quelle part du prix.
  • Nu-propriétaire mineur ou protégé. La vente demande l'accord de son représentant légal. Selon les cas, il faut aussi l'autorisation du juge des tutelles.
  • Bien loué. L'usufruitier encaisse les loyers jusqu'à la vente. Le bail en cours continue avec l'acheteur, qui devient le bailleur.

Le partage du prix a des effets sur votre famille et sur vos impôts, qui dépendent de votre situation. Faites-le valider par le notaire chargé de la vente, et par un conseiller fiscal si les montants sont importants.

À lire aussi : usufruit et nue-propriété : définitions et droits et démembrement de propriété : les inconvénients.

Ce qu'il faut retenir

  • Pour vendre le bien entier, l'usufruitier et le nu-propriétaire doivent signer tous les deux.
  • Par défaut, le prix se partage selon la valeur de chaque droit au jour de la vente.
  • Le barème fiscal, fondé sur l'âge de l'usufruitier, est la méthode la plus courante ; une valeur négociée reste possible.
  • Les deux parties peuvent laisser tout le prix à l'usufruitier : c'est le quasi-usufruit, et le nu-propriétaire reçoit une créance.
  • Chacun paie l'impôt sur sa propre plus-value ; l'exonération de la résidence principale ne profite qu'à celui qui habite le logement.

Passer à l'action

Nue-propriété et usufruit : calcul de la valeur selon l'âge

La valeur fiscale de l'usufruit et de la nue-propriété d'un bien, selon l'âge de l'usufruitier.

Ouvrir l'outil gratuit

Questions fréquentes

L'usufruitier peut‑il s'opposer à la vente de la maison ?

Oui. Sans sa signature, le bien entier ne peut pas être vendu. Le nu-propriétaire ne peut pas non plus demander au juge de forcer la vente contre son avis (article 815-5 du Code civil). Il peut seulement vendre sa nue-propriété seule : l'acheteur attend alors la fin de l'usufruit pour profiter du bien.

Peut‑on partager le prix autrement que selon le barème fiscal ?

Oui. Le Code civil prévoit un partage selon la valeur réelle de chaque droit. Le barème fiscal n'est qu'une règle pratique acceptée par l'administration. Vous pouvez retenir une autre valeur, fondée par exemple sur l'espérance de vie ou sur les loyers. Vous pouvez aussi convenir que l'usufruitier garde tout le prix, à charge pour sa succession de le rendre au nu-propriétaire : c'est le quasi-usufruit.

Le barème se calcule‑t‑il avec l'âge de l'usufruitier au jour de la donation ou de la vente ?

Au jour de la vente. L'usufruit d'une personne de 75 ans vaut moins que celui qu'elle avait à 65 ans. Quand le bien est vendu, le partage du prix tient donc compte de son âge à la date de la vente.

Rédaction : L'équipe éditoriale I Love Immo · sources vérifiées le 16 octobre 2026Voir plus

Rédaction

L'équipe éditoriale I Love Immo

Nous rédigeons à partir des textes officiels, cités en bas de page, et republions chaque page quand une règle change.

Relecture

À faire vérifier par un avocat ou un professionnel avant de signer.

Sources vérifiées le 16 octobre 2026.

Règle : obligations, durées et seuils : tirés de nos règles versionnées, avec leurs textes et leur date. Explication de la rédaction : le reste du texte, rédigé par l'équipe à partir de ces règles. Ce n'est pas un avis juridique. Notre politique éditoriale

Sources officielles (7)vérifiées le 16 octobre 2026

Sur le même sujet

À lire aussi

Commençons par votre adresse.

Nous en déduisons les documents qui comptent pour votre bien.

Lettre gratuite

Les règles changent, la lettre vous prévient

Une fois par semaine : les nouvelles règles et leurs dates, quelques chiffres du marché avec leur source, et les échéances à prévoir avant de vendre ou de louer.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir la lettre I Love Immo chaque semaine par e-mail. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment, en un clic, depuis chaque lettre. Votre adresse ne sert qu'à cet envoi : elle n'est ni vendue ni transmise. Confidentialité