Que se passe‑t‑il au décès de l'usufruitier ?
Un usufruit viager dure toute la vie de l'usufruitier. À son décès, il disparaît. Il n'entre pas dans sa succession et ne passe pas à ses héritiers. Le nu-propriétaire récupère l'usage du bien et ses revenus, sans acte de vente ni rachat.
Concrètement, s'il s'agit d'une maison :
- Le nu-propriétaire peut l'habiter, la louer, la vendre ou la donner librement.
- S'il y a plusieurs nus-propriétaires, ils deviennent ensemble pleins propriétaires, en indivision. Chacun l'est pour sa quote-part, c'est-à-dire sa part du bien.
- Les loyers de la période qui va jusqu'au jour du décès reviennent à la succession de l'usufruitier. Ceux de la période suivante vont au nouveau plein propriétaire. Le Code civil prévoit en effet que les loyers s'acquièrent jour par jour.
Le nu-propriétaire paie‑t‑il des droits de succession ?
En principe, non, pour ce bien. Les droits ont été calculés quand il a reçu la nue-propriété, par donation ou par succession. Ils ont porté sur la seule valeur de la nue-propriété. Récupérer ensuite l'usufruit ne coûte rien en impôt.
| Situation au décès de l'usufruitier | Droits dus sur le bien |
|---|---|
| Nue-propriété reçue par donation notariée plus de trois mois avant le décès | Aucun |
| Nue-propriété reçue dans la succession d'une autre personne (par exemple le père) | Aucun, l'origine des droits étant établie |
| Démembrement sans donation régulière, nu-propriétaire héritier présomptif du défunt | Le bien est présumé faire partie de la succession, sauf preuve contraire |
| Somme d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit, rendue sous forme de dette | Dette non déductible, taxée au nom du nu-propriétaire |
La présomption fiscale. Prenons un bien dont le défunt avait l'usufruit. Sa nue-propriété appartient à l'un de ses héritiers présomptifs, c'est-à-dire une personne appelée à hériter de lui. Elle peut aussi appartenir à quelqu'un qui a reçu de lui une donation ou un legs (un bien laissé par testament). Dans ces cas, le fisc présume que le bien faisait partie de la succession (article 751 du Code général des impôts). Cette présomption tombe notamment si la nue-propriété a été transmise plus de trois mois avant le décès. Il faut pour cela une donation régulière, ou un démembrement constaté dans un acte authentique, c'est-à-dire signé devant notaire. Elle tombe aussi devant la preuve contraire : par exemple, une nue-propriété héritée d'un autre parent.
Les dettes de restitution. Une dette de restitution est une somme que la succession de l'usufruitier doit rendre au nu-propriétaire. La loi de finances pour 2024 a changé la règle pour les successions ouvertes à partir du 29 décembre 2023. La dette qui porte sur une somme d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit n'est plus déductible (article 774 bis du Code général des impôts). Elle ne diminue donc plus le montant taxé. Le cas le plus courant est expliqué dans le quasi-usufruit.
Quand le nu-propriétaire a‑t‑il payé ses droits ?
Au moment où il a reçu la nue-propriété. Sa valeur est fixée par un barème fiscal, selon l'âge de l'usufruitier à cette date.
Exemple. Un père décède en laissant une maison de 300 000 €. Son épouse, âgée de 72 ans, choisit l'usufruit de la succession. Leurs deux enfants reçoivent la nue-propriété. Le barème fixe la nue-propriété à 70 %, soit 210 000 €, et 105 000 € pour chaque enfant. Chaque enfant a droit à un abattement de 100 000 €, c'est-à-dire une part qui n'est pas taxée. Chacun est donc taxé sur 5 000 €, à 5 %, soit 250 € de droits si la maison est le seul bien de la succession. La mère, conjointe survivante, est exonérée. À son décès, les enfants deviendront pleins propriétaires sans nouveaux droits sur cette maison.
Le calcul de la nue-propriété et de l'usufruit applique le barème selon l'âge. Le calcul des droits de succession estime ensuite les droits.
Et si le nu-propriétaire décède avant l'usufruitier ?
L'usufruit continue : l'usufruitier garde ses droits jusqu'à son propre décès. La nue-propriété, elle, fait partie de la succession du nu-propriétaire. Elle passe à ses héritiers selon les règles habituelles : son conjoint, ses enfants, ou les personnes désignées par testament.
Ses héritiers paient des droits de succession sur la valeur de la nue-propriété au jour du décès. Cette valeur se calcule avec l'âge de l'usufruitier à cette date. Le barème ne tient compte que des usufruits encore en cours.
Exemple. Un fils est nu-propriétaire d'un appartement de 200 000 €, dont sa mère de 82 ans a l'usufruit. Il décède à 55 ans. Le barème fixe la nue-propriété à 80 %, soit 160 000 € à transmettre. Si le fils était marié, son conjoint ne paie pas de droits sur ce qu'il reçoit. Ses enfants sont taxés sur leur part, après leur abattement. La grand-mère conserve son usufruit.
Quelles démarches après le décès de l'usufruitier ?
Aucun acte de vente n'est à signer. Quelques démarches restent utiles :
- Prévenir le notaire chargé de la succession de l'usufruitier. Il établit la déclaration de succession et vous indique les formalités à accomplir pour le bien démembré.
- Réunir les justificatifs de l'origine de votre nue-propriété : acte de donation, attestation de propriété ou déclaration de la succession précédente. Ce sont eux qui écartent la présomption fiscale.
- Prévenir le locataire si le bien est loué. Le bail continue, et vous devenez le bailleur. Donnez-lui les nouvelles coordonnées pour payer le loyer.
- Mettre l'assurance à votre nom, et reprendre les charges du bien, que l'usufruitier payait jusque-là.
Les cas particuliers
- Usufruit de réversion. Un acte peut prévoir qu'au décès du premier usufruitier, l'usufruit passe à une autre personne, souvent le conjoint survivant. Le nu-propriétaire attend alors le second décès. Le bénéficiaire de la réversion doit des droits de succession, sauf s'il est le conjoint ou le partenaire de Pacs (BOFiP, la doctrine de l'administration fiscale).
- Usufruit temporaire. Il prend fin à la date prévue, ou au décès de l'usufruitier si celui-ci survient avant. À la date prévue, le nu-propriétaire récupère l'usufruit sans droits non plus. Voir l'usufruit temporaire.
- Bien vendu pendant l'usufruit. Il arrive que le prix de vente ait été laissé à l'usufruitier. Le nu-propriétaire n'a alors plus de bien à récupérer. Il détient une créance sur la succession, c'est-à-dire une somme à se faire rembourser. Les règles sont celles du quasi-usufruit.
- Plusieurs nus-propriétaires en désaccord. Devenus pleins propriétaires en indivision, ils décident ensemble de garder, louer ou vendre. En cas de blocage, voir sortir de l'indivision.
Ces règles fiscales dépendent de l'origine du démembrement et des actes signés. Pour votre succession, le notaire est l'interlocuteur indiqué. Un conseiller fiscal peut compléter son analyse quand les montants sont importants.
Ce qu'il faut retenir
- Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire devient plein propriétaire, sans acte et sans rachat.
- Aucun droit n'est dû sur ce bien à ce moment-là : ils ont été payés à la réception de la nue-propriété.
- Deux exceptions sont à connaître : la présomption fiscale quand le démembrement est mal établi, et certaines dettes de restitution qui ne sont plus déductibles.
- Si le nu-propriétaire décède le premier, sa nue-propriété passe à ses héritiers et l'usufruit continue.
- Gardez l'acte qui prouve l'origine de votre nue-propriété : il évite toute contestation du fisc.
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Nue-propriété et usufruit : calcul de la valeur selon l'âge
La valeur fiscale de l'usufruit et de la nue-propriété d'un bien, selon l'âge de l'usufruitier.
Questions fréquentes
Le bail signé par l'usufruitier continue‑t‑il après son décès ?
Oui, pour un bail d'habitation ordinaire. Un bail de neuf ans au plus signé par l'usufruitier engage le nu-propriétaire devenu plein propriétaire : c'est lui qui devient le bailleur (article 595 du Code civil). Un bail de plus de neuf ans ne l'engage que pour la période de neuf ans en cours.
Faut‑il racheter l'usufruit aux héritiers de l'usufruitier ?
Non. L'usufruit viager, c'est-à-dire prévu pour toute la vie de l'usufruitier, s'éteint à son décès (article 617 du Code civil). Il ne fait pas partie de sa succession, et ses héritiers n'ont rien à réclamer sur ce droit. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans rien verser.
Un usufruit de réversion entraîne‑t‑il des droits au décès du premier usufruitier ?
Oui, en principe. Avec une réversion, l'usufruit passe à une autre personne au décès du premier usufruitier. Ce bénéficiaire doit des droits de succession selon son lien de parenté, calculés à cette date. Le conjoint ou le partenaire de Pacs en est exonéré, comme pour toute succession.
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Sources officielles (9)vérifiées le 16 octobre 2026
- Article 1133 du code général des impôts (réunion de l'usufruit à la nue-propriété)Légifrance
- Article 751 du code général des impôts (présomption de propriété de l'usufruitier)Légifrance
- Article 774 bis du code général des impôts (dettes de restitution non déductibles)Légifrance
- Article 669 du code général des impôts (barème de l'usufruit et de la nue-propriété)Légifrance
- Article 617 du Code civil (extinction de l'usufruit)Légifrance
- Article 595 du Code civil (baux consentis par l'usufruitier)Légifrance
- BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50 : usufruit et nue-propriété (usufruits successifs)Direction générale des Finances publiques
- Usufruit, nue-propriété, pleine propriété : quelles différences ?Service-Public.fr
- Droits de succession : calcul et paiementService-Public.fr
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