Le logement est‑il vraiment abandonné ?
On parle d'abandon quand le locataire est parti pour de bon, sans donner congé ni rendre les clés. Les signes sont souvent les mêmes :
- les loyers ne sont plus payés ;
- la boîte aux lettres déborde ;
- les voisins ne le voient plus depuis des semaines ;
- les volets restent fermés et les compteurs ne tournent plus.
Ces indices ne suffisent pas. Seul un constat fait selon la loi permet de reprendre le logement.
Attention : un départ n'est pas toujours un abandon. Si le locataire part mais que sa famille reste, le bail continue au profit de son conjoint ou de son partenaire de Pacs. C'est la même chose pour ses enfants, ses parents, son concubin ou une personne à sa charge, s'ils vivaient avec lui depuis au moins un an. C'est ce que la loi appelle l'« abandon du domicile ». Le bail ne prend fin que si personne ne remplit ces conditions.
Le locataire a rendu les clés ? Ce n'est pas un abandon non plus. Faites un état des lieux de sortie, avec lui ou par commissaire de justice. Voyez l'état des lieux de sortie.
Pourquoi ne pas entrer soi-même ?
Parce que le logement reste le domicile du locataire tant que le bail n'est pas résilié. Entrer, changer la serrure ou vider les lieux sans décision de justice est une violation de domicile. L'expulsion faite par soi-même est punie de 3 ans de prison et de 30 000 € d'amende.
Le risque est réel : un locataire absent pour une longue hospitalisation, un séjour à l'étranger ou une incarcération n'a pas abandonné son logement. Il pourrait se retourner contre vous.
La procédure en quatre étapes
Elle est prévue par la loi du 6 juillet 1989 (article 14-1) pour les logements loués vides.
- La mise en demeure. Vous chargez un commissaire de justice de mettre le locataire en demeure de prouver qu'il occupe le logement. S'il y a des impayés, cette mise en demeure peut figurer dans le commandement de payer.
- Le constat d'abandon. Si le locataire ne répond pas dans le mois, le commissaire de justice entre dans le logement. Il le fait en présence du maire ou d'un élu, et d'un policier ou d'un gendarme. À défaut, deux témoins majeurs sans lien avec vous ni avec lui suffisent. Il dresse un procès-verbal et l'inventaire des biens restés sur place.
- La requête au juge. Vous saisissez le juge des contentieux de la protection du tribunal du lieu du logement, par une requête écrite. Joignez le bail et le procès-verbal. Vous pouvez demander en même temps le paiement des loyers dus. Le juge rend une ordonnance : il constate la fin du bail et autorise la reprise des lieux.
- La signification et la reprise. Vous avez 2 mois pour faire signifier l'ordonnance au locataire, sinon elle tombe. Il a ensuite un mois pour la contester. Sans contestation, le commissaire de justice reprend le logement et dresse un procès-verbal de reprise.
| Étape | Délai | Qui agit |
|---|---|---|
| Mise en demeure de justifier de l'occupation | 1 mois pour répondre | Commissaire de justice |
| Constat d'abandon et inventaire | Après ce mois, sans réponse | Commissaire de justice, avec témoins |
| Ordonnance du juge | Selon le tribunal | Juge des contentieux de la protection |
| Signification de l'ordonnance | Dans les 2 mois de l'ordonnance | Commissaire de justice |
| Contestation possible du locataire | 1 mois après la signification | Locataire |
| Reprise des lieux | Après ce mois, sans contestation | Commissaire de justice |
Si le juge rejette la requête, vous ne pouvez pas faire appel. Vous gardez la procédure classique : commandement de payer, assignation, jugement. Elle est décrite dans la procédure pour loyers impayés.
Exemple. Annie, 71 ans, loue un studio vide à Limoges. Son locataire ne paie plus depuis trois mois et ne répond plus. Le 6 mars, le commissaire de justice lui délivre un commandement de payer qui contient la mise en demeure. Le 8 avril, sans réponse, il constate l'abandon avec un adjoint au maire et un gendarme. Annie dépose sa requête le 15 avril, avec sa demande de paiement. L'ordonnance est signifiée le 20 mai. Faute de contestation, le studio est repris fin juin.
Que deviennent les meubles et les papiers ?
Vous ne pouvez ni les jeter ni les garder. Le commissaire de justice note, pour chaque bien, s'il semble avoir une valeur marchande.
- Les biens qui ont une valeur peuvent être vendus aux enchères, si le juge l'autorise. Le produit, après déduction des frais et de ce qui vous est dû, est remis au locataire par la Caisse des dépôts.
- Les biens sans valeur peuvent être déclarés abandonnés par le juge. Le locataire a d'abord un mois pour venir les reprendre.
- Les papiers personnels sont placés sous enveloppe scellée et conservés deux ans par le commissaire de justice.
Et les loyers impayés ?
La reprise du logement ne règle pas la dette. Faites le compte : loyers, charges, éventuelles réparations constatées.
- Demandez le paiement au juge dans la même requête. Son ordonnance pourra servir à saisir le salaire ou le compte du locataire.
- Réclamez les sommes à la caution, à Visale ou à votre assurance loyers impayés, selon ce que prévoit le bail.
- Le dépôt de garantie peut couvrir une partie des sommes dues, sur justificatifs.
Vous avez 3 ans pour réclamer une dette de loyer.
Les cas particuliers
- Location meublée ou bail mobilité. La procédure d'abandon ne s'applique pas : la loi la réserve aux logements loués vides. Demandez au juge la résiliation du bail, par exemple pour impayés, puis l'expulsion.
- Locataire décédé. Ce n'est pas un abandon. Le bail passe aux proches qui vivaient avec lui depuis au moins un an, ou prend fin s'il n'y en a pas. Contactez la famille ou le notaire chargé de la succession.
- Procédure abusive. Si le locataire conteste et que le tribunal juge votre demande abusive, vous risquez une amende civile jusqu'à 10 000 €. Lancez la procédure seulement si les signes d'abandon sont sérieux.
- Pas d'impayé, mais plus d'assurance. La mise en demeure peut aussi être jointe au commandement de justifier d'une assurance habitation. Elle n'attend donc pas forcément une dette de loyer.
En cas de doute, l'ADIL de votre département ou un avocat peut vous orienter. I Love Immo n'est ni avocat ni commissaire de justice.
À lire aussi : expulsion d'un locataire : la procédure complète et loyer impayé : les premières démarches du bailleur.
Ce qu'il faut retenir
- Ne rentrez jamais seul dans le logement, même s'il semble vide : c'est une violation de domicile.
- Pour un logement vide, la mise en demeure par commissaire de justice laisse un mois au locataire pour se manifester.
- Le juge statue sur requête, sans audience, puis le locataire a un mois pour contester son ordonnance.
- Les meubles sont inventoriés et le juge décide de leur sort.
- Pour un meublé, passez par la procédure classique de résiliation du bail.
Passer à l'action
Rangez les documents de votre bien
Un coffre-fort pour les diagnostics, actes et factures du bien, avec un rappel avant qu'un document ne doive être refait.
Questions fréquentes
Combien de temps faut‑il pour récupérer un logement abandonné ?
Au minimum un peu plus de deux mois, hors délais du tribunal : un mois après la mise en demeure, le temps pour le juge de rendre son ordonnance, puis un mois laissé au locataire pour la contester après sa signification. La durée réelle dépend surtout du délai de réponse du juge.
Que faire si le locataire est parti en laissant ses meubles ?
N'y touchez pas. Le commissaire de justice en dresse l'inventaire lors du constat d'abandon. Le juge décide ensuite : il peut autoriser la vente aux enchères des biens qui ont une valeur et déclarer les autres abandonnés, après un mois laissé au locataire pour les reprendre.
La procédure d'abandon s'applique‑t‑elle à une location meublée ?
Non. Elle est réservée aux logements loués vides. Pour un meublé ou un bail mobilité, vous devez demander au juge des contentieux de la protection la résiliation du bail, par exemple pour loyers impayés, puis l'expulsion.
Rédaction : L'équipe éditoriale I Love Immo · sources vérifiées le 17 octobre 2026Voir plusVoir moins
Rédaction
L'équipe éditoriale I Love Immo
Nous rédigeons à partir des textes officiels, cités en bas de page, et republions chaque page quand une règle change.
Relecture
À faire vérifier par un avocat ou un professionnel avant de signer.
Sources vérifiées le 17 octobre 2026.
Règle : obligations, durées et seuils : tirés de nos règles versionnées, avec leurs textes et leur date. Explication de la rédaction : le reste du texte, rédigé par l'équipe à partir de ces règles. Ce n'est pas un avis juridique. Notre politique éditoriale
Sources officielles (4)vérifiées le 17 octobre 2026
- Que faire quand le locataire abandonne le logement (départ à la cloche de bois) ? (fiche vérifiée le 5 décembre 2025)Service-Public.fr
- Article 14-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (procédure de constat d'abandon), version en vigueur depuis le 29 juillet 2023Légifrance
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, articles 14 (abandon du domicile) et 25-3 (articles applicables aux meublés)Légifrance
- Loyers impayés et expulsion du locataire (sanctions de l'expulsion par soi-même)Service-Public.fr
Sur le même sujet
- Loyer commercial impayé : la procédure du bailleurLoyer commercial impayé : relance, caution, commandement de payer, injonction de payer, procédure collective. Les étapes du bailleur et les règles de 2026.
- Occupant sans droit ni titre : qui est‑ce, quelle procédureBail résilié, congé expiré, hébergé qui s'installe : l'occupant sans droit ni titre doit une indemnité d'occupation, mais seul un juge peut ordonner son départ.
- Organisme garant pour un logement : Visale et les autresSans proche pour se porter caution, le locataire peut passer par Visale, un garant privé payant ou une aide du département. Ce que chaque solution vaut pour vous.
- Prescription d'une dette de loyer : le délai de 3 ansUne dette de loyer ou de charges se réclame pendant 3 ans, même après le départ du locataire. Point de départ, ce qui arrête le délai, révision oubliée et jugement.
- Commandement de payer et clause résolutoire du bailLa clause résolutoire met fin au bail six semaines après un commandement de payer resté sans effet. Mentions obligatoires, caution, délais du juge, bail sans clause.
- Expulsion d'un locataire : la procédure complèteExpulser un locataire exige un jugement, un commandement de quitter les lieux et un commissaire de justice. Les étapes, les délais minimaux, la trêve et les recours.
- Huissier et loyer impayé : rôle et coût du commissaireCommandement de payer, assignation, expulsion : les actes du commissaire de justice pour un loyer impayé, leurs tarifs réglementés en 2026 et qui les paie à la fin.
- Loi de 2023 sur les squats et les impayés : ce qui changeDepuis le 29 juillet 2023 : squat plus puni, clause résolutoire obligatoire, délais d'expulsion raccourcis. Les règles avant et après, et les textes de 2025-2026.
À lire aussi
- Procédure pour loyers impayés : étapes et délaisRelance, caution, commandement de payer, juge, délais de paiement, expulsion : la procédure pour loyers impayés dans l'ordre, avec les délais de la loi de 2023.
- État des lieux de sortie : comparaison et retenuesÀ la restitution des clés, l'état des lieux de sortie se compare à celui d'entrée. Vétusté ou dégradation, retenues justifiées, délai de 1 ou 2 mois, recours.
- Obligations du propriétaire bailleur : la listeLogement décent, diagnostics, bail conforme, réparations, quittances, respect du domicile, dépôt rendu à temps : les obligations du bailleur, étape par étape.
- Assurance loyer impayé : coût de la GLI, Visale ou cautionLe coût de votre GLI, sa déduction fiscale, et GLI, Visale ou caution comparés.
- Loyer impayé : les premières démarches du bailleurLocataire qui ne paie pas son loyer : relance, mise en demeure, caution, Visale ou assurance, Caf, puis commandement de payer. L'ordre des démarches et leurs délais.
- Gestion locative et litiges : les guidesLoyers, charges, impayés, congé et litiges avec le locataire.