Dans quels cas peut‑on expulser un locataire ?
L'expulsion est la fin d'une procédure. Il faut d'abord que le bail prenne fin, puis qu'un juge ordonne le départ. Trois situations reviennent le plus souvent.
| Situation | Ce qui met fin au bail | Ce que décide le juge |
|---|---|---|
| Loyers ou charges impayés | La clause résolutoire du bail, six semaines après un commandement de payer resté sans effet | Il constate la résiliation, sauf s'il accorde des délais au locataire qui a repris le paiement du loyer |
| Congé pour vendre, pour habiter le logement ou pour motif sérieux | La fin du bail après un congé valable | Il vérifie le congé et ordonne le départ de l'occupant resté sur place |
| Défaut d'assurance, troubles de voisinage, faute grave | La clause résolutoire ou une demande de résiliation | Il apprécie si la faute justifie la fin du bail |
Un bail ancien peut ne pas contenir de clause résolutoire. Le juge vérifie alors si la faute du locataire est assez grave pour résilier le bail. Depuis le 29 juillet 2023, tout bail d'habitation doit contenir cette clause. Son fonctionnement est détaillé dans le commandement de payer et la clause résolutoire.
Quelles sont les étapes de la procédure pour impayés ?
Voici les étapes dans l'ordre, avec les délais minimaux fixés par la loi. Chaque acte est délivré par un commissaire de justice.
| Étape | Qui agit | Délai minimal |
|---|---|---|
| 1. Commandement de payer visant la clause résolutoire | Commissaire de justice, à votre demande | Le locataire a 6 semaines pour payer |
| 2. Assignation devant le juge des contentieux de la protection | Commissaire de justice, qui la notifie aussi au préfet | L'audience a lieu 6 semaines au moins après cette notification |
| 3. Jugement : résiliation du bail et expulsion | Le juge | Selon le calendrier du tribunal |
| 4. Signification du jugement et commandement de quitter les lieux | Commissaire de justice, qui informe le préfet | Le locataire a en principe 2 mois pour partir |
| 5. Délais de grâce éventuels | Le juge de l'exécution, saisi par le locataire | De 1 mois à 1 an |
| 6. Expulsion | Commissaire de justice, avec la police si le préfet l'accorde | Jamais du 1er novembre au 31 mars, sauf exceptions |
Exemple. Mme Lambert loue un trois-pièces 820 € par mois, charges comprises. Son locataire ne paie plus depuis trois mois. Le commandement de payer est délivré le 2 février. Faute de paiement, l'assignation part fin mars. L'audience est fixée en mai. Le jugement est signifié en juin, avec le commandement de quitter les lieux. Le locataire doit partir en août. Sans délai de grâce ni refus de la police, l'expulsion peut avoir lieu à la fin de l'été. Une seule étape retardée, et elle glisse au printemps suivant.
Avant l'audience, un organisme social réalise un diagnostic social et financier du locataire. Vous recevez une demande d'informations : répondez-y, car le juge s'en sert pour décider.
Que peut décider le juge ?
Le juge ne prononce pas toujours l'expulsion. Si le locataire a repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience et peut rembourser sa dette, il peut lui accorder jusqu'à trois ans pour payer. Il peut alors suspendre la clause résolutoire.
Si le locataire respecte cet échéancier, le bail continue comme si la clause n'avait jamais joué. Au premier retard, la suspension prend fin et l'expulsion peut être poursuivie. À l'inverse, si le locataire n'a pas repris le paiement, le juge constate la résiliation et ordonne l'expulsion.
Dès que le bail est résilié, l'occupant ne vous doit plus un loyer mais une indemnité d'occupation, dont le juge fixe le montant. Demandez-la dans votre assignation, avec le paiement de la dette.
Combien de temps a le locataire pour partir après le jugement ?
En principe, deux mois après le commandement de quitter les lieux. Le juge peut réduire ou supprimer ce délai s'il constate la mauvaise foi du locataire. Il peut aussi le prolonger de trois mois au plus si l'expulsion aurait des conséquences d'une dureté exceptionnelle.
Le locataire peut ensuite demander au juge de l'exécution des délais supplémentaires, dits « délais de grâce ». Depuis la loi du 27 juillet 2023, ils vont de un mois à un an, contre trois mois à trois ans auparavant. Le juge tient compte de l'âge, de la santé, de la bonne volonté de l'occupant et de votre propre situation.
Un locataire qui reste plus de deux mois après le commandement, sans délai ni trêve en cours, commet un délit puni de 7 500 € d'amende. Ce délit ne vise pas les logements d'un bailleur social ou d'une personne publique.
Les cas particuliers
- Trêve hivernale. Du 1er novembre au 31 mars, l'expulsion est reportée, sauf relogement assuré. Voir la trêve hivernale.
- Logement social. La procédure judiciaire est la même. Seule l'amende de 7 500 € pour maintien dans les lieux ne s'applique pas.
- Locataire en surendettement. Une décision de la commission de surendettement peut imposer au juge des délais propres. Un avocat vous dira ce qui change pour votre dossier.
- Locataire âgé. Le congé donné à un locataire de plus de 65 ans aux ressources modestes doit s'accompagner d'une offre de relogement, sauf exceptions. Voir les obligations du propriétaire bailleur.
- Squat. Une personne entrée par effraction n'est pas un locataire. La procédure, plus rapide, est décrite dans l'expulsion des squatteurs.
Faites‑vous conseiller dès le début : un avocat peut vous assister à l'audience, et le numéro gratuit SOS loyers impayés (0 805 160 075) informe les propriétaires. I Love Immo n'est ni avocat ni commissaire de justice.
À lire aussi : l'occupant sans droit ni titre.
Ce qu'il faut retenir
- Aucune expulsion sans jugement, ni sans commissaire de justice.
- Les délais minimaux : 6 semaines après le commandement de payer, 6 semaines avant l'audience, 2 mois après le commandement de quitter les lieux.
- Le juge peut accorder jusqu'à 3 ans au locataire qui a repris le paiement du loyer courant.
- Les délais de grâce vont désormais de 1 mois à 1 an.
- Expulser soi-même est un délit : 3 ans de prison et 30 000 € d'amende.
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Questions fréquentes
Peut‑on expulser un locataire qui paie son loyer ?
Oui, mais seulement avec un jugement et pour un motif prévu par la loi : congé régulier pour vendre ou habiter le logement, défaut d'assurance, troubles de voisinage constatés par un juge ou manquement grave au bail. Le juge décide. Un locataire qui paie ne peut jamais être mis dehors sans décision de justice.
Le propriétaire doit‑il reloger le locataire expulsé ?
Non, un bailleur privé n'a pas à le reloger. Le relogement relève des pouvoirs publics. Le locataire peut saisir la commission de médiation du droit au logement opposable, dont l'adresse figure sur la décision d'expulsion. Un congé donné à un locataire âgé et modeste obéit en revanche à des règles propres.
Combien de temps dure une expulsion pour impayés ?
Aucune durée n'est fixée. En additionnant les délais minimaux de la loi, il faut compter plusieurs mois entre le commandement de payer et l'expulsion. Les délais accordés par le juge, la trêve hivernale ou un refus de la police peuvent allonger fortement la procédure.
Que deviennent les meubles laissés par le locataire expulsé ?
Le commissaire de justice les fait déposer dans un garde-meuble, aux frais de la personne expulsée. Si elle ne les reprend pas dans les deux mois, ceux qui ont une valeur marchande sont vendus aux enchères. N'y touchez pas vous-même : c'est le rôle du commissaire de justice.
Rédaction : L'équipe éditoriale I Love Immo · sources vérifiées le 17 octobre 2026Voir plusVoir moins
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Sources officielles (6)vérifiées le 17 octobre 2026
- Loyers impayés et expulsion du locataireService-Public.fr
- Articles L412-1 à L412-8 du code des procédures civiles d'exécution (délais d'expulsion, délais de grâce, trêve hivernale)Légifrance
- Article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (clause résolutoire, assignation, délais de paiement, version en vigueur depuis le 29 juillet 2023)Légifrance
- Article 4 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (clauses interdites, motifs de résiliation de plein droit)Légifrance
- Article 226-4-2 du code pénal (expulsion sans le concours de l'État)Légifrance
- Protéger les logements contre l'occupation illicite (analyse de la loi du 27 juillet 2023 et de ses décrets)ANIL
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Comment se passe l'expulsion elle-même ?
Le commissaire de justice se présente un jour ouvrable, entre 6 heures et 21 heures. Trois cas se présentent.
Ne faites jamais l'expulsion vous-même. Changer la serrure, couper l'eau ou sortir les affaires du locataire est un délit puni de trois ans de prison et de 30 000 € d'amende. Le coût des actes est détaillé dans le rôle et le coût du commissaire de justice.