Les murs ou le fonds : que vendez‑vous ?
Vérifiez d'abord ce que vous estimez. Ce sont deux biens différents :
- les murs, c'est-à-dire le local lui-même : c'est un bien immobilier ;
- le fonds de commerce, qui appartient au commerçant : sa clientèle, son nom, son matériel et son droit au bail.
Si vous êtes propriétaire des murs et que vous louez à un commerçant, vous vendez les murs, avec le bail en cours. Le droit au bail, lui, appartient au locataire : voyez la cession de bail et le droit au bail.
Méthode 1 : comparer avec les ventes de locaux
Les ventes réelles de locaux sont publiques. Dans les données DVF, chaque local vendu a un type : maison, appartement, dépendance, ou « local industriel, commercial ou assimilé ». Cette dernière catégorie vous intéresse. Les ventes y sont publiées pour les cinq dernières années, sauf en Alsace, en Moselle et à Mayotte.
- Ouvrez l'application de consultation, depuis la page des demandes de valeurs foncières.
- Repérez les ventes de locaux commerciaux dans votre rue et votre quartier.
- Notez le prix, la date et la surface de chacune, puis calculez un prix au mètre carré.
- Écartez les ventes atypiques : un lot vendu avec des logements, un entrepôt, une vente entre proches.
Les données ne disent pas tout. Le même mètre carré vaut beaucoup plus sur une rue passante qu'au fond d'une impasse. Ajustez selon :
- l'emplacement et le passage devant la vitrine ;
- la façade : longueur de vitrine, visibilité, angle de rue ;
- la répartition entre surface de vente, réserves et étage ;
- l'état et la mise aux normes, notamment l'accessibilité ;
- les activités permises par le bail et par le règlement de copropriété.
Notre estimation à partir des ventes ne traite que les logements : elle écarte les locaux commerciaux.
Méthode 2 : partir du loyer
Pour un local loué, beaucoup d'acheteurs raisonnent en rendement. Le calcul est simple :
Valeur = loyer annuel net ÷ taux de rendement attendu.
Le loyer net est le loyer hors taxes, diminué des charges et impôts que vous ne pouvez pas refacturer au locataire. Les règles de refacturation sont détaillées dans investir dans un local commercial.
Exemple. Hélène, 67 ans, possède une boutique louée à un fleuriste. Le loyer est de 18 000 € par an, et 1 500 € de charges ne peuvent pas être refacturés. Son loyer net est donc de 16 500 €. Avec un taux de 6 %, la boutique vaudrait 16 500 ÷ 0,06, soit 275 000 €. Avec 7,5 %, elle vaudrait 220 000 €. Ces taux sont pris pour l'exemple, pas des taux de marché. L'écart montre surtout qu'un point de rendement change beaucoup la valeur.
Aucun taux officiel n'existe. L'administration fiscale écarte elle-même la publication de coefficients de capitalisation, qui conduiraient à des estimations forfaitaires. Le taux retenu dépend du risque perçu par l'acheteur.
Ce que le bail en cours change à la valeur
La valeur d'un bien se juge dans l'état où il est vendu, bail compris. La jurisprudence citée par l'administration fiscale le rappelle : un bail en cours peut diminuer la valeur d'un bien.
| Élément | Il soutient la valeur si… | Il pèse sur la valeur si… |
|---|---|---|
| Durée restante du bail | Le bail vient d'être signé ou renouvelé | Le bail arrive à son terme sans certitude |
| Niveau du loyer | Il est proche du marché | Il est bien plus bas que le marché |
| Locataire | Il est installé depuis longtemps et paie à l'heure | Il a des retards ou une activité fragile |
| Charges refacturées | Le bail en refacture la plupart | Vous gardez les gros travaux et la taxe foncière |
| Activités permises | La clause est large | La clause limite à une seule activité |
Un loyer bas ne se rattrape pas d'un coup : sa hausse au renouvellement est en principe plafonnée. Voyez fixer le loyer d'un local commercial et la révision du loyer commercial.
Le locataire peut‑il acheter en priorité ?
Oui, s'il exploite un commerce ou un atelier d'artisan. Avant de vendre, vous devez lui notifier le prix et les conditions, par lettre recommandée avec avis de réception ou remise en main propre contre récépissé. Cette notification vaut offre de vente.
- Il a un mois pour répondre.
- S'il accepte, la vente doit être signée dans deux mois, ou quatre mois s'il emprunte.
- Si vous baissez ensuite le prix pour un autre acheteur, le notaire doit d'abord lui proposer ce nouveau prix.
Ce qui a changé en 2026. La loi du 26 mai 2026 a précisé les locaux concernés, pour les ventes conclues après sa promulgation. Sont visés les locaux de commerce de détail ou de gros, de services commerciaux et d'artisanat, réserves comprises. Les bureaux seuls et les entrepôts sont exclus. La vente à votre conjoint, à vos parents ou à vos enfants n'est pas concernée.
Ce droit compte dans l'estimation : un locataire qui connaît bien le local est souvent le premier acheteur possible. Faites vérifier la notification par votre notaire : une erreur peut entraîner la nullité de la vente.
Qui peut estimer un local commercial ?
- Un agent immobilier spécialisé dans les commerces. Il doit avoir une carte « Transactions sur immeubles et fonds de commerce » : voyez vérifier la carte d'un agent immobilier.
- Un expert immobilier, pour un rapport écrit et argumenté, utile en cas de partage, de succession ou de litige.
- Votre notaire, qui connaît les ventes de son secteur.
Avant la vente, préparez aussi les diagnostics propres aux locaux professionnels : voyez les diagnostics d'un local commercial.
Les cas particuliers
- Local vide depuis longtemps. La comparaison avec les ventes prime. Une transformation en logement change la valeur : voyez le changement de destination d'un local.
- Local en copropriété. Le règlement peut interdire certaines activités, comme la restauration. Lisez-le avant d'estimer.
- Local détenu par une SCI. Vous vendez soit le local, soit les parts de la société, avec des règles et des impôts différents. Demandez conseil à un notaire ou à un conseiller fiscal.
- Succession ou donation. La valeur déclarée est la valeur vénale, au jour de la transmission, bail compris. Votre notaire vous aidera à la justifier.
- Alsace, Moselle et Mayotte. Les ventes n'y sont pas publiées dans DVF : appuyez‑vous sur un professionnel local.
À lire aussi : vente d'un local commercial : murs, bail et préférence, expert immobilier : quand payer une expertise, estimer un terrain : les critères qui font le prix.
Ce qu'il faut retenir
- Comparez avec les ventes de « locaux industriels, commerciaux ou assimilés » dans DVF, puis ajustez selon l'emplacement et la vitrine.
- Pour un local loué, calculez aussi la valeur à partir du loyer net et d'un taux de rendement.
- Aucun barème ni taux officiel n'existe : le taux dépend du risque.
- Le bail en cours, son loyer et son locataire font monter ou baisser la valeur.
- Le locataire commerçant ou artisan est prioritaire pour acheter, selon des règles précisées en mai 2026.
Passer à l'action
Trouver un professionnel vérifié
Notaires, géomètres-experts, agents immobiliers : l'annuaire des professionnels dont l'inscription ou la carte professionnelle a été vérifiée.
Questions fréquentes
Existe‑t‑il un simulateur officiel pour estimer un local commercial ?
Non. L'administration publie les ventes dans les données DVF, où les locaux commerciaux ont leur propre catégorie, mais ne calcule pas d'estimation. Le service « Rechercher des transactions immobilières » d'impots.gouv.fr porte sur les biens à usage non professionnel. Le reste du calcul vous revient, ou revient au professionnel que vous choisissez.
Quel taux de rendement retenir pour estimer un local loué ?
Aucun taux officiel n'existe : l'administration fiscale refuse elle-même de publier des coefficients de capitalisation. Le taux dépend de l'emplacement, de la solidité du locataire, de la durée restante du bail et du niveau du loyer. Demandez à un professionnel du secteur les taux observés localement.
Un local loué vaut‑il plus ou moins qu'un local libre ?
Cela dépend de l'acheteur. Un investisseur cherche un local loué, avec un bon locataire et un loyer au niveau du marché. Un commerçant qui veut s'installer préfère un local libre. Un bail avec un loyer bas et une longue durée restante pèse en général sur la valeur.
Rédaction : L'équipe éditoriale I Love Immo · sources vérifiées le 17 octobre 2026Voir plusVoir moins
Rédaction
L'équipe éditoriale I Love Immo
Nous rédigeons à partir des textes officiels, cités en bas de page, et republions chaque page quand une règle change.
Relecture
À faire vérifier par un avocat ou un professionnel avant de signer.
Sources vérifiées le 17 octobre 2026.
Règle : obligations, durées et seuils : tirés de nos règles versionnées, avec leurs textes et leur date. Explication de la rédaction : le reste du texte, rédigé par l'équipe à partir de ces règles. Ce n'est pas un avis juridique. Notre politique éditoriale
Sources officielles (5)vérifiées le 17 octobre 2026
- Demandes de valeurs foncières (DVF), mise à jour du 12 octobre 2026Direction générale des finances publiques, data.gouv.fr
- Notice descriptive du fichier DVF (type de local : local industriel, commercial ou assimilé)Direction générale des finances publiques, data.gouv.fr
- BOI-ENR-DMTG-10-40-10-10 : principe d'évaluation à la valeur vénaleBulletin officiel des finances publiques (BOFiP)
- Estimer un bien immobilier : le service « Rechercher des transactions immobilières »impots.gouv.fr
- Article L145-46-1 du Code de commerce (droit de préférence du locataire), version issue de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026Légifrance
Sur le même sujet
- Agence immobilière en ligne ou à frais fixesAgence immobilière en ligne, à forfait ou à frais réduits : les mêmes règles qu'une agence classique, mais d'autres services. Comment comparer avant de signer.
- Annonce de vente : les mentions obligatoiresAnnonce de vente : prix et honoraires, classes du DPE, dépenses d'énergie, phrase Géorisques, mentions de copropriété. Ce qui est obligatoire, et pour qui.
- Chasseur immobilier : le mandat de rechercheUn chasseur immobilier cherche un bien pour vous avec un mandat de recherche écrit. Carte obligatoire, honoraires, durée, et ce que doit savoir le vendeur contacté.
- Choisir une agence pour vendre : les bons critèresChoisir une agence pour vendre : vérifier sa carte T, lire ses honoraires affichés, comparer les estimations et les moyens promis, et le mandat qu'elle propose.
- Mandataire immobilier ou agence : les différencesMandataire immobilier indépendant ou agence : son statut, ce qu'il peut faire ou non, qui signe le mandat avec vous et comment comparer les honoraires.
- Vendre « off market » : discrétion et limitesVendre off market, c'est vendre sans annonce publique. Le mandat écrit, les diagnostics et l'état des risques restent obligatoires. Avantages, limites, précautions.
- Vendre par un notaire : la négociation notarialeVente par notaire : le mandat écrit, des honoraires fixés dans le mandat, payés en principe par l'acheteur, et ce qui change par rapport à une agence immobilière.
- Estimer un terrain : les critères qui font le prixEstimer un terrain : ce qu'on peut y bâtir, les réseaux, la surface, les servitudes, les ventes de terrains dans DVF et le barème officiel des terres agricoles.
À lire aussi
- Investir dans un local commercial : points de vigilanceUn particulier peut acheter les murs d'un commerce pour les louer. Bail de 9 ans, charges refacturables, droit de préférence, impôt et frais : les points à vérifier.
- Bail commercial 3-6-9 : durée, loyer, résiliationLe bail commercial dure 9 ans, le locataire peut partir tous les 3 ans. Congé, renouvellement, loyer plafonné et les règles changées par la loi du 26 mai 2026.
- Vérifier la carte professionnelle d'un agent immobilierLa carte T prouve qu'un agent immobilier peut vendre votre bien. Où trouver son numéro, comment la vérifier auprès de la CCI, et le cas des mandataires indépendants.
- Bail commercial : les diagnostics obligatoires du localDiagnostic d'un local commercial : bail commercial, vente, amiante et décret tertiaire.
- Vendre un bien immobilier : les guidesPrix, mandat, promesse, acte : les étapes d'une vente et ce qui reste au vendeur.